La greffe de chêne à glands doux

Belle pousse 2 mois après la greffe

Avec Les Fruits de la Résilience, nous explorons les savoir-faire autour de la greffe sur fruitiers sauvages. Ces arbres, souvent robustes, peuvent être transformés par un simple geste en arbres productifs.

Le chêne vert est un exemple parlant : il résiste très bien à la sécheresse et se trouve partout dans le sud de la France. Actuellement le chêne vert sauvage est valorisé presque uniquement pour son bois de chauffage. Mais d’autres pistes de production sont envisageables pour cet arbre résistant.
Le gland sous sa forme sauvage est tanique (dans la très grande majorité des cas). Pour être comestible, il faut lui faire subir des traitements assez longs, ou alors le préparer avec des recettes très particulières ; on a par exemple retrouvé des recettes anciennes parlant de pain à la farine de glands, d’argile, et de cendre !
Plus récemment, des petites entreprises se sont lancées dans la production de farine à partir de ces glands, mais cela reste encore à toute petite échelle.
Si nous arrivons à rendre productifs ces arbres, ils pourraient devenir une ressource précieuse pour une agriculture adaptée au dérèglement climatique (espérons-le !).


Compatibilité et mythes

Maurice Chaudière a laissé traîner l’idée que l’on pouvait greffer du châtaignier sur du chêne. Ces chimères ont bel et bien existé, et certaines existeraient encore en France. Mais les rares cas que nous connaissons – et qui ont « réussi » – ne sont pas vraiment prometteurs : après plusieurs décennies, la croissance reste faible et peu vigoureuse.

Nous avons donc décidé d’explorer une autre voie : la greffe de chêne à gland doux. Dans notre région les glands doux ont existé, et quelques témoignages de personnes ayant enfant eu le privilège d’avoir goutté ces graines subsistent. Malheureusement, le savoir lié à la culture de ces arbres semble avoir disparu.

Quelques photos des glands et de ce qu’on peut faire avec :


L’expérience de Gignac

Le groupe s’essayant aux greffes de chênes à gland doux

Avec Romain Dugué (pépinière Petit Climax, membre du groupe des Greffeurs Fous), nous avons tenté l’expérience sur son terrain à Gignac. Romain a même déniché pour nous des greffons et des vidéos de greffes venues de la péninsule ibérique.

Fin avril, nous nous sommes plongés dans ces vidéos pour comprendre au mieux les techniques. Deux méthodes ont retenu notre attention :

  • une, nommée par nos soins « entonnoir majorquin » ;
  • une greffe en couronne un peu particulière, qui nous a finalement donné les meilleurs résultats.

Nous avons aussi testé les greffes classiques que nous pratiquons habituellement sur les fruitiers. Malgré plusieurs dizaines d’essais, aucune n’a fonctionné !


La greffe en couronne : la méthode que nous recommandons

Remarquez la taille des greffons !

Nous n’avions pas exactement le même matériel que dans les vidéos, mais nous avons quand même réussi de belles greffes le 29 avril 2025. Voici comment nous avons procédé :


Le matériel végétal

  • Le bois du porte-greffe est épais (5 à 15 cm) et de préférence lisse.
  • Le greffon est un bout de branche avec des nœuds car dans les plis des branches il y a souvent des bourgeons dormants que nous souhaitons réveiller.
  • Greffons prélevés fin janvier (une récolte plus tard semble possible).
  • Stockés au réfrigérateur (dans un sac plastique, pas trop humide).

Le matériel utilisé

  • Scie, sécateurs, greffoir pour les coupes.
  • Buddy Tape.
  • Bande vinyle (habituellement utilisée pour la vigne).
  • Scotch d’électricien blanc (qui chauffe moins au soleil).
  • Mastic à greffer.

Technique détaillée

  1. Préparation du greffon
    • Taille en épaulement (au moins ⅔ du greffon).
    • Le greffon est emballé dans du Buddy Tape jusqu’au niveau de l’épaulement appliqué épais, sans trop l’étirer..
    • Abrasion de l’écorce jusqu’au liber (il est très difficile d’être précis sur cette opération, il y a des chances que nous soyons allés jusqu’au cambium, et peut-être même que c’est une bonne chose pour la greffe !).
  1. Préparation du porte-greffe
    • Choisir un endroit plat du tronc pour que le greffon plaque bien sur plusieurs centimètres (le greffon étant très gros, il est difficile qu’il adhère bien au tronc ; il est plus simple de tailler un greffon plat qu’arrondi).
    • Incision de l’écorce pour créer deux volets (greffe en couronne).
    • Dans la vidéo, l’auteur gratte légèrement l’écorce du porte-greffe. Nous ne comprenons pas vraiment le but physiologique et ne l’avons pas toujours fait – certaines greffes ont tout de même réussi.
  2. Insertion
    • Placement du greffon au centre de la fente, en soulevant les deux volets d’écorce. (Traditionnellement, on soulève un seul volet et on place le greffon sur le côté.)
  3. Fermeture
    • Maintien avec du vinyle, et recouvrement du plateau de greffe une première fois avec ce matériel. Pour bien faire adhérer l’écorce du porte greffe, nous avons coincé de petits bâtons de part et d’autre du greffon (voir photo).
    • Nouvelle couche d’étanchéité avec du Buddy Tape.
    • Encore une couche de scotch d’électricien blanc (éviter les couleurs sombres qui chauffent).
    • Et enfin, application de mastic sur le dessus pour être sûrs de l’étanchéité.

Quelques commentaires

On utilise pas mal de plastique dans cette greffe, avec beaucoup de précautions pour assurer l’étanchéité. Il faut dire que c’est une greffe assez tardive, et pendant que le processus physiologique se met en place, il y a de fortes chances qu’il fasse chaud et qu’il ne tombe pas une goutte de pluie. Autant mettre toutes les chances de notre côté !

Avec un peu plus d’expérience et surtout plus de matériel végétal, on aimerait tester des greffes moins gourmandes en plastique.

Toutes les greffes n’ont pas pris, mais il y en a eu assez pour nous donner confiance pour l’année prochaine.

Certaines variétés ont accroché tout de suite alors que d’autres pas du tout, sans qu’on comprenne encore pourquoi.

Nous avons aussi tenté quelques greffes de chêne-liège toujours sur chêne vert et celles-là ont très bien marché. Ce n’est pas étonnant : le chêne-liège est réputé facile à greffer.

Nous sommes ravis d’avoir réussi à lever ce verrou technique. La suite, ce sera de confirmer notre savoir-faire et de voir si on peut reproduire les résultats. Et pourquoi pas rêver à des arbres hyper productifs : chêne à gland doux greffé sur chêne-liège lui-même greffé sur chêne truffier !

Dans les années qui viennent, on espère aussi produire assez de matériel végétal pour multiplier les greffes sur chêne vert, afin que ces arbres ne restent pas anecdotiques. Et qui sait : peut-être lancer les premières petites productions de glands doux à partir de friches de chênes verts.

Ah ! et non sans humour nous nous sommes proclamé la communauté des gros glands ! … et si vous voulez en faire partie vous pouvez nous contacter et nous vous ferons parvenir un lien pour participer à notre espace de travail sur whatsapp!


📅 Rendez-vous l’année prochaine pour une nouvelle session de greffes !